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Le rôle de la ville apprenante dans le renforcement de la résilience face aux crises

26 mars 2026
| Mohamed Mediouni
| Forum marocain pour l'apprentissage tout au long de la vie
Renforcement des Capacités

Maroc

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Introduction

Les crises contemporaines – sanitaires, climatiques, économiques et sociales – ont mis en évidence la nécessité pour les sociétés de renforcer leurs capacités d’adaptation, d’anticipation, de transformation et de réponse face aux défis complexes. Dans ce contexte, le concept de « ville apprenante », tel que défini par l’UNESCO en 2013, apparaît comme un cadre stratégique permettant de mobiliser l’apprentissage tout au long de la vie afin de soutenir la résilience et la capacité d’adaptation des communautés.

L’initiative des villes apprenantes, lancée par l’UNESCO Institute for Lifelong Learning, définit la ville apprenante comme une ville qui mobilise efficacement ses ressources dans tous les secteurs afin de :

  • promouvoir l’apprentissage inclusif, de l’enseignement de base à l’enseignement supérieur ;
  • encourager l’apprentissage au sein des familles et des communautés ;
  • faciliter l’apprentissage pour l’emploi et sur le lieu de travail ;
  • élargir l’utilisation des technologies modernes d’apprentissage ;
  • améliorer la qualité et l’excellence de l’éducation ;
  • promouvoir une culture de l’apprentissage tout au long de la vie.

À travers ces actions, la ville apprenante contribue à renforcer l’autonomisation individuelle, la cohésion sociale, la prospérité économique et culturelle ainsi que le développement durable.

La prise de conscience que les sociétés urbaines sont constamment exposées à diverses crises a conduit à la recherche de solutions globales concernant les politiques et les pratiques appropriées. Face à la diversité des risques et des menaces, ces solutions doivent être à la fois globales et flexibles.

Dans ce contexte, la notion de résilience renvoie à la capacité d’un système à évoluer, s’adapter et se transformer face aux perturbations, tout en préservant ses fonctions et ses structures essentielles. Cette approche distingue généralement entre la résilience spécifique, liée aux risques connus, et la résilience générale, qui concerne les risques imprévus et nécessite une approche plus proactive.

Ainsi, la résilience d’un territoire désigne sa capacité à interagir avec les chocs résultant des crises, à se reconstruire, à apprendre et à s’adapter dans des contextes complexes, afin d’assurer la continuité de la vie sociale et économique.

Dans cette perspective, l’approche de la ville apprenante constitue un levier essentiel pour renforcer le capital humain, soutenir la cohésion sociale et garantir une gouvernance territoriale plus résiliente. Cette contribution examine l’importance de ce concept dans le renforcement de la résilience des citoyens et des communautés à travers trois axes principaux :

  1. l’apprentissage tout au long de la vie comme levier de l’agentivité individuelle et de la résilience ;
  2. l’ingénierie territoriale proactive et le développement des infrastructures d’apprentissage ;
  3. la gouvernance participative dans la gestion des connaissances.
  1. L’apprentissage tout au long de la vie comme levier de l’agentivité individuelle et de la résilience

Selon Karen Evans, les individus sont des acteurs actifs qui construisent leurs trajectoires, mais ils évoluent dans des cadres structurels qui influencent leurs choix. L’apprentissage devient réellement efficace lorsque l’agentivité individuelle s’articule avec un soutien institutionnel et des politiques sociales équitables.

Dans les périodes d’incertitude, le renforcement de l’apprentissage tout au long de la vie apparaît ainsi comme un levier essentiel. Dans le cadre du modèle des villes apprenantes, cette exigence prend une importance particulière, car la capacité des villes à faire face aux crises dépend en grande partie de leur aptitude à développer chez leurs citoyens les compétences nécessaires.

L’apprentissage tout au long de la vie permet notamment l’acquisition de compétences multiples :

  • cognitives
  • numériques
  • sociales
  • émotionnelles
  • civiques

Ces compétences sont considérées par l’UNESCO comme fondamentales pour évoluer dans des environnements complexes.

Dans les contextes de crises – qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, de pandémies, de conflits ou de crises économiques – les citoyens informés et éduqués sont davantage capables de comprendre les risques et d’adopter des comportements appropriés.

Les villes apprenantes renforcent cette autonomisation à travers :

  • la création d’espaces éducatifs ouverts ;
  • des centres d’apprentissage autonome ;
  • l’utilisation d’outils numériques inclusifs ;
  • des programmes destinés aux groupes vulnérables.

Ainsi, la résilience individuelle devient la première étape vers la construction d’une résilience collective nécessaire à la gestion des crises.

  1. L’ingénierie territoriale proactive et le développement des infrastructures d’apprentissage comme base de la résilience collective

La ville apprenante repose sur un ensemble d’infrastructures éducatives, culturelles et numériques qui facilitent la production et la diffusion des connaissances.

En période de crise, ces infrastructures deviennent des ressources stratégiques. Parmi les plus importantes figurent :

  • les bibliothèques publiques et centres culturels, qui offrent des espaces d’accès à l’information et de médiation sociale ;
  • les centres d’apprentissage communautaire et les maisons de jeunes, qui proposent des programmes de formation et de sensibilisation ;
  • les centres de compétences et d’artisanat, conçus comme des plateformes flexibles de formation ;
  • les laboratoires universitaires d’innovation, capables de produire des solutions technologiques locales.

Par ailleurs, les villes apprenantes soutiennent activement les communautés d’apprentissage, notamment :

  • les réseaux citoyens
  • les groupes de pairs
  • les communautés professionnelles
  • les initiatives intergénérationnelles.

Ces réseaux constituent un capital social essentiel, capable de mobiliser les ressources locales, d’assurer la continuité de l’apprentissage et de diffuser les bonnes pratiques.

  1. La gouvernance participative dans la gestion des connaissances

La gouvernance constitue une dimension centrale du concept de ville apprenante. Elle repose sur des mécanismes de coopération associant :

  • les collectivités territoriales
  • les universités
  • la société civile
  • le secteur privé
  • les citoyens.

En période de crise, cette gouvernance collaborative permet d’assurer une circulation fluide et transparente de l’information et de faciliter l’élaboration collective des diagnostics et des décisions.

Ainsi, la ville apprenante transforme la gestion urbaine en un processus dialogique et participatif dans lequel chaque acteur devient producteur de connaissances utiles à la résilience collective.

Ce modèle contribue également à renforcer la résilience globale, notamment en intégrant les groupes marginalisés dans les processus de décision et en garantissant la justice éducative et sociale.

Dans le cas du Maroc, plusieurs évolutions institutionnelles s’inscrivent dans cette perspective, notamment :

  • la régionalisation avancée ;
  • la vision stratégique de la réforme de l’éducation ;
  • les partenariats croissants entre universités, collectivités territoriales et associations ;
  • les mécanismes de l’Initiative nationale pour le développement humain.

Conclusion

L’adaptation du concept de ville apprenante aux contextes locaux revêt une importance stratégique pour renforcer la capacité des citoyens à faire face aux crises.

En articulant l’apprentissage tout au long de la vie avec les infrastructures éducatives et la gouvernance participative, les villes apprenantes contribuent à renforcer les capacités d’adaptation des individus et des communautés.

Dans un monde marqué par des transformations rapides et imprévisibles, ce modèle offre une réponse globale et durable. Il ne permet pas seulement de gérer les crises actuelles, mais prépare également les citoyens à affronter les crises futures, tout en favorisant l’émergence de sociétés solidaires, innovantes et résilientes.

Bibliographie :

  • UNESCO (2013). Key Features of Learning Cities.
  • Longworth, N. (2013). Lifelong Learning in Action: Transforming Education in the 21st Century.
  • Larsen, K.J. (1999). « Villes apprenantes » la nouvelle recette du développement régional.
  • Bianchi, P., & Labory, S. (2014). The role of governance and government in the resilience of regions: the case of the 2012 earthquake in the Emilia-Romagna region in Italy.
  • Katarína Svitková: Making a ‘Resilient Santiago’: Private Sector and Urban Governance in Chile, Institute of Political Science, Faculty of Social Sciences, Charles University, Prague.
  • Ofei-Manu, P., Didham, R.J., Byun, W.J., Phillips, R., Dickella Gamaralalage, P.J., & Rees, S.E. (2018). How collaborative governance can facilitate quality learning for sustainability in cities: A comparative case study of Bristol, Kitakyushu and Tongyeong. International Review of Education, 64, 373-392.
  • Karen Evans: Apprentissage tout au long de la vie : politique sociale et agentivité individuelle, Savoirs 2015/1 N˚ 37, pages 11 à 33, Éditions L'Harmattan.

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